Relations toxiques, vraiment ?

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler des relations dites « toxiques ».

Toxiques, elles le sont si l’on regarde le verre à moitié vide, et si vous êtes en plongé.e dedans ou que vous en sortiez à peine, c’est la façon “normale” de regarder ce verre.

Lorsque nous avons l’impression, juste ou faussée, que l’autre nous veut du mal, nous a fait mal, nous a trahi, menti, abusé…

Et notre indignation est plus que légitime.

L’autre a probablement abusé de nous, nous a menti, nous a trahi, abandonné.

Peut-être même que c’est encore le cas.

Du reproche à l’acceptation

Si vous avez été dans une de ces relations, vous avez probablement tous les reproches du monde à faire à l’autre…

Ce type de relations prend du temps à se dévoiler, et parfois même lorsque le rideau est tombé, il n’est pas aisé d’en faire le deuil, ni de s’en départir.

Culpabilité, honte, se mêlent et s’entrechoquent… Nous nous disons : “comment ai-je pu en arriver là ?”

J’ai en tête une histoire qui va parler du chemin sinueux allant du reproche à l’acceptation de nos propres émotions.

Car quoiqu’il en soit, si l’autre est fautif de ses actions délétères, il s’agit pourtant bien d’acceptation de vos propres émotions dont il est question pour que vous puissiez tirer un profit et une évolution pour vous et rien que pour vous.

Déterminer les fautes de chacun est un travail improductif de votre mental concernant votre état interne, car la vie n’est pas un tribunal. Cela ne signifie en aucun cas que vous ne devez pas vous défendre, bien au contraire. Mais pour vous défendre et avancer sereinement, certaines compréhension de votre fonctionnement interne peuvent vous être utiles.

Partons donc du principe que l’image que nous nous faisons de l’autre n’est qu’une projection de nos croyances et nos peurs, nos conditionnements, sur elle ou lui.

Cela ne détermine en aucun cas ce qu’il est, de la même façon que quiconque ne peut en aucun déterminer ce que vous êtes.

je te connais parfaitement“, une phrase si souvent entendue… Ce qui est plus exact, c’est que la personne qui prononce ces mots ne connaît que la projection qu’elle se fait de l’autre.

Ainsi, la seule personne que nous pouvons donc prétendre un jour connaître, n’est autre que nous-même.

Et c’est un long chemin qui vaut parfois la peine d’être parcouru, notamment dans ces instants où la vie semble nous envoyer un signal d’alerte.

Il était une fois…

Longtemps, Jérôme* a reproduit dans sa vie des relations de type abusives avec les femmes.

Il lui a fallu atteindre ses 38 ans avant qu’il ne se rende compte du schéma émotionnel inconscient qu’il reproduisait et qui avait été façonné tôt dans l’enfance.

Il s’apercevait bien que quelque chose « clochait » depuis plusieurs années, mais ne parvenait pas à voir quoi précisément.

Les expériences dans différentes sphères de sa vie se succédaient et se ressemblaient, de près ou de loin, et se terminaient de façon de plus en plus identiques.

Pour tenter de le comprendre, il est bon de savoir que la peur principale de l’être humain, et ce, où qu’il se trouve sur la planète, n’est pas la peur de la mort…en tout cas, pas en elle-même.

Cela se passe très bien la plupart du temps avec la mort au final…

La peur principale de l’être humain est infiniment plus intense et le guide parfois tout au long de sa vie : c’est la peur de ne pas être aimé.

Schématisons en disant que cette peur est naturelle chez le nourrisson, et la mère (ou autre être au rôle nourricier)  est là pour lui apporter la sécurité affective qui va lui permettre de l’apaiser. Cette peur est là pour assurer sa survie car le nourrisson est en état de dépendance.

Mais lorsque cette peur n’est pas suffisamment écoutée, au cours de la prime enfance, elle a des chances de rester gravée des années durant.

Jérôme est né dans ces conditions où la sécurité affective ne lui a pas été apportée. Jusqu’à ses 18 mois, sa mère était atteinte de dépression sévère.

L’état qu’elle vivait l’empêchait de remplir pleinement son rôle nourricier et de lui permettre de se sentir en parfaite sécurité. Son père était quant à lui absent et plus préoccupé à cette époque par l’état de son épouse que de son fils.

Cette peur s’est alors gravée insidieusement dans son champ émotionnel.

L’instinct de survie a produit chez lui un désir de réparation fort envers sa mère.

Dans son inconscient était alors gravé le fait que pour être aimé, et donc pour survivre, il fallait qu’il « sauve » sa mère, premier modèle féminin pour lui.

Les années qui ont suivi se sont passées naturellement et il a vécu une enfance puis une adolescence plutôt calme.

Dans cette dernière période, le début des relations amoureuses lui apportait une forme de sécurité affective qui lui permettait de se concentrer sur d’autres aspects de sa vie.

Mais au fil du temps, il finit par prendre conscience qu’il ne se sentait dans un état de complétude qu’en présence d’une ou plusieurs femmes.

Que ce soit dans le cercle amoureux, amical ou professionnel.

Ses relations amoureuses adolescentes avaient pris tant d’importance que chaque fin de relation était infiniment douloureuses.

Plus tard, dans ses emplois, il exerçait au sein d’un métier à prédominance féminine, et ses supérieures hiérarchiques était la plupart du temps des femmes.

C’est avec ces mêmes femmes que très souvent les relations se dégradaient rapidement sans raison apparente.

Jérôme était généralement efficace, prenait des initiatives et était reconnu pour la qualité de son travail. Il avait tellement peur de ne pas être apprécié et reconnu qu’il faisait tout pour arriver à ses objectifs et si possible impressionner les autres.

Le monde de l’entreprise est, tout comme la relation amoureuse, un terrain d’exploration de premier choix pour la reproduction de nos schémas inconscients.

À plusieurs reprises, il s’est retrouvé en proie à une supérieure qui finissait par exercer sur lui une forme de harcèlement moral.

Combien de fois n’avait-t-il pas pesté en se demandant combien ces femmes étaient, tout autant que les hommes, de véritables « perverses narcissiques », manipulatrices, etc…

Sans bien sûr reconnaître en lui ni la colère et la tristesse qu’il rejetait avec force depuis tant d’années. Ces relations étant probablement une émanation extérieure de son état interne.

Sans reconnaître également les statistiques puisque ce type de pathologies se retrouvent en large majorité chez l’homme.

De l’expérience à la compréhension

Dans la trentaine, c’était au tour de ses relations amoureuses de prendre une dimension abusive…Dès la rencontre, il faisait tout pour s’adapter à l’autre et n’osait pas se montrer tel qu’il était, de peur de faire fuir, de ne plus plaire.

Les compagnes présentant un profil de « victime », faisant de lui un sauveur, avaient tout pour le séduire.

Il mettait alors sa partenaire sur un piédestal, et se sentait investi d’une « mission» en lui conférant souvent une aide inconditionnelle.

Se montrant fidèle à toute épreuve, loyal, rendant tous les services du monde, il semblait dans son comportement avoir tout à pardonner de ce qu’il était.

Mais de l’autre côté, il ne récoltait pas ce qu’il espérait secrètement et attendait en retour… sans oser l’avouer : le même type d’amour.

Bref, c’était une quête qui avait peu à voir avec l’Amour.

Alors sans qu’il ne s’en aperçoive, Jérôme reproduisait de façon pernicieuse et constante ce que le système émotionnel de sa prime enfance lui avait suggéré.

C’est ainsi que Jérôme “fonctionnait” dans l’ensemble de ses relations.

Sa part inconsciente le poussait à reproduire ce schéma pour donner suite à une expérience qui avait produit un trop plein d’émotions, impossible à transcender pour un bébé, ni pour un enfant.

Alors, la vie ne lui présentait pas ce scénario pour qu’il se reproduise indéfiniment, ni pour le faire souffrir, ni pour une histoire hypothétique de « karma »…

La vie présentait ce schéma pour qu’il accueille ces émotions refoulées, celles-là même qui n’avaient pu être complètement accueillies dans l’enfance.

De la compréhension à l’accueil

Que ce soit au décours d’une rupture professionnelle, d’une rupture amoureuse, ou même d’une relation amicale, croire que la relation est juste toxique est à mon avis, un écueil.

C’est la vie qui vous présente de façon dure et forcée l’occasion d’accueillir vos émotions enfouies.

Parfois le corps va même jusqu’à trouver la maladie pour cela… Et d’ailleurs, la maladie peut apparaitre lorsque vous êtes dans une relation toxique.

Les émotions sont des énergies qui n’ont pas notion du temps, une fois “emmagasinées”, elles restent dans votre espace émotionnel jusqu’au moment où vous les accueillez pleinement.

Nous avons tous parfaitement le droit d’éprouver de la tristesse, de la colère, de la peur, de la jalousie, etc. Mais nous vivons dans une société où pour de multiples raisons, celles-ci sont refoulées.

Avant de vouloir les évacuer, les dépasser, les éjecter, s’en libérer…Pourquoi ne commencerions nous pas à les accueillir ?

Nous pouvons essayer de les mettre à la porte, mais alors, j’ai l’intime conviction que la vie se chargera de nous les représenter…

Comment traitons-nous nos émotions dites “négatives” ? Avec rejet la plupart du temps.

Comment devraient-elles se sentir ?

Si la lumière ne peut exister sans l’ombre, le bruit ne naît que du silence et le soulagement ne naît que de la douleur.

À un tournant majeur de sa vie, ayant tout quitté, perdu son emploi, et se retrouvant totalement seul face à lui-même, Jérôme était tellement en souffrance qu’il n’a plus eu d’autre choix que d’accueillir pleinement sa tristesse et cette peur de ne pas être aimé.

Ce travail lui pris du temps et de l’accompagnement mais étonnamment, peu d’effort.

Juste celui d’accepter ce qui voulait vivre en lui. D’accueillir ces émotions orphelines et de leur tendre les bras.

L’émotion, au cœur même du principe de vie, du latin “emovere” peut se traduire par «en mouvement».

Il a ensuite communiqué différemment, et n’a plus eu peur de se montrer au monde tel qu’il était.

Peut-être que nos relations existent non pour nous faire atteindre des “objectifs”, devenir une « meilleure » version de nous-même, ni changer ce que nous sommes.

Probablement qu’en tout premier lieu, elles sont là pour nous apprendre à nous accepter au travers de nos émotions. À nous estimer. À nous aimer pour aussi aimer l’autre.

Alors, un jour, nous pouvons les embrasser et non les fuir, puis remercier la vie de nous avoir porté jusqu’à elles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • le prénom a été modifié pour un souci de confidentialité